La joie partagée (Mitfreude) : accordage affectif et travail émotionnel
Résumé
Depuis les travaux fondateurs de Scheler et Husserl, la phénoménologie des émotions s’est intéressée de près à la dimension interpersonnelle du sentir et a mis l’accent sur le fait que le sentiment est l’une des modalités originelles de notre relation à l’autre. Envisagé dans cette dimension intersubjective, le sentir apparaît comme un co-sentir ou un sentir-avec (Mitgefühl, dans le langage de Scheler – terme que l’on a traduit par sympathie). En prolongeant ces analyses classiques, nous nous proposons de montrer que la dynamique du co-sentir implique non seulement une affection et une réceptivité à l’autre, mais aussi un certain effort émotionnel. Nous proposons de décrire cette part d’agir émotionnel propre à la vie affective en mettant en avant deux outils conceptuels complémentaires : la notion d’accordage affectif, issue de la pédopsychiatrie d’orientation psychanalytique développée par Daniel Stern, et celle de travail émotionnel, issue de la sociologie des émotions développée par Arlie Russell Hochschild. Le fil directeur de notre réflexion est fourni par une analyse phénoménologique de la situation affective de joie partagée (Mitfreude) entre parents et enfants.