Violences sexuelles et judiciarisation: repenser « l’expertise » à la lumière des théories féministes du savoir situé ?
Résumé
En centrant ma réflexion autour de l’expérience des survivantes et des victimes de violences sexuelles, je mets en évidence dans cet article la manière par laquelle l’« expertise » juridique en matière d’agression sexuelle s’est construite en excluant les savoirs des personnes qui subissent les violences. Je mobilise ainsi les théories féministes du point de vue situé afin de montrer la nécessité de placer les expériences des survivantes/victimes au cœur de la compréhension des violences sexuelles ainsi que du traitement juridique qui en découle. Je propose dans un premier temps un bref survol des théories féministes du point de vue situé pour ensuite montrer la manière par laquelle le système juridique met à la marge les savoirs expérientiels des survivantes/victimes dans la problématisation des violences sexuelles. Je poursuis mon analyse en mettant en évidence le caractère incontournable des témoignages qui constituent les mouvements de dénonciation tel que #MeToo pour la compréhension des violences, tout en soulignant les effets d’exclusion de certaines réalités qu’ils participent à (re)produire. Enfin, en prenant l’exemple du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), je montre comment une compréhension des violences centrée sur les savoirs expérientiels favorise l’accompagnement des survivantes et permet de dépasser certaines idées reçues sur la problématique des violences sexuelles