De la métaphysique à la question philosophique de l’animal : avec Heidegger et Derrida
Mots-clés :
animalité, humanité, métaphysique, Martin Heidegger, Jacques Derrida, Spectateur-rice, auditeur-rice, esthétique , pratique, violence, politiqueRésumé
Dans l’histoire de la tradition philosophique occidentale, la question de l’animal est, dans un certain sens, centrale: c’est par les flancs qu’elle émerge constamment au cœur de la grande réflexionsur les frontières de l’« humanité ». Ainsi, contrairement à une opinion répandue, la question philosophique de l’animal n’est surtout pas secondaire, mais plutôt une des épreuves ouvrant peut-être sur la plus constante et tenace épine dans l’histoire des idées – et des interrogations. Or, si Martin Heidegger est celui qui a remis la question philosophique de l’animal au centre de la réflexion, Jacques Derrida est peut-être celui qui a fait apparaître la fragilité et les fissures dans la grande construction de la tradition philosophique occidentale autour de l’opposition traditionnelle entre l’humain et l’animal. La déconstruction derridienne va alors ouvrir la voie à une pluralité de penseurs et à une variété d’interprétations qui vont directement s’insérer dans ces fentes qui ont fragilisé la structure même de l’édifice. Néanmoins, c’est à partir des textes de Heidegger que Derrida va opérer un renversement de la question. Tout compte fait, aux yeux de Derrida, c’est toute la tradition philosophique occidentale, en un certain sens, qui persévère à effacer toute trace de l’animal: un oubli de l’animal soigneusement orchestré. Dans ces conditions, en développant une distinction entre spectateur-rice et auditeur-rice, notre réflexion déplie la question de l’animal de manière à démontrer que c’est précisément en tant qu’auditeur-rice, celui qui tend son oreille, non en tant que spectateur-rice, qu’il faut se positionner devant l’animal afin de ne pas demeurer insensible à son appel: pour supprimer cette surdité, pour écouter attentivement l’animal qui s’efforce de communiquer avec nous. Ouvrons-nous à l’animal qui tente d’établir un dialogue avec nous: écoutons-le, enfin.