Ad esse filium : foi et mouvement chez Maître Eckhart
Résumé
Accorder la félicité intellectuelle avec la vie bienheureuse, telle est la voie originale empruntée par Maître Eckhart. Plutôt que d’insister sur une « vision différée », Eckhart plaide en faveur d’une « vie immédiate ». La nuance entre vision et vie est déterminante. Tout en maintenant que la foi n’est pas la vision, Eckhart montre que la vie est le lieu d’une expérience possible de l’union à Dieu, sous certaines conditions. Sa « théologie de la béatitude » induit une réévaluation de l’articulation entre foi et raison. Dérogeant à l’ « épistémologie générale du savoir » dominante au tournant du XIIIe et XIVe siècle, Eckhart intègre le dict dionysien selon lequel : « Toutes affirmations sur Dieu sont dites incompactes, mais les négations sont vraies ». C’est par voie de participation à la cause que l’affirmation trouve son sens. Le passage du probable à la vérité se passe dans le « pâtir » (pathein) que l’on ne peut « enseigner » (mathein) en tant quel tel : divina patiendo, non discendo ab extra.