Écouter l'esthétique de la culture populaire

Auteurs-es

DOI :

https://doi.org/10.62410/c1gmfm59

Mots-clés :

popular culture, aesthetics, listening, rumba, DR Congo

Résumé

Au cours des cinquante dernières années, la musique de danse populaire congolaise (aussi appelée « rumba congolaise ») est devenue une sorte de musica franca pour une grande partie de l'Afrique subsaharienne. Comme aiment à le dire les Congolais, le son envoûtant de leur musique, profondément ancré dans la rencontre de l'Afrique avec la culture afro-cubaine, a « colonisé le reste du continent ». Cependant, cette musique a connu d'importantes transformations esthétiques depuis son émergence dans les centres urbains de la colonie belge du Congo. Malgré cette riche histoire, peu de recherches ont été menées sur le sujet et très peu d'écrits ont été publiés sur la musique populaire congolaise sous l'angle esthétique. En s'appuyant sur les conversations locales concernant certains aspects de la structure et de la forme de cette musique, ce texte tente de comprendre comment la musique de danse populaire congolaise cherche à transcender la violence d'une crise politique et économique persistante, exacerbée depuis l'indépendance (la conjoncture), et comment cette expression particulière de la beauté nous permet de mieux appréhender le rapport entre esthétique et politique de manière plus générale. La perception du « bruit » dans l’analyse de la musique populaire en dit plus long sur notre incapacité à comprendre les critères esthétiques non occidentaux que sur la musique populaire elle-même. S’appuyant sur l’herméneutique philosophique de Hans-Georg Gadamer, la métaphore de l’écoute est utilisée pour affirmer que la difficulté d’entendre la musique du point de vue d’autrui ne saurait justifier un repli sur soi.

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Biographie de l'auteur-e

  • Bob W. White, Université de Montréal

    Bob W. White est professeur titulaire au Département d’Anthropologie à l’Université de Montréal et directeur du Laboratoire de recherche en relations interculturelles (LABRRI). Depuis 2012 il dirige un partenariat de recherche multi-sectoriel sur les dynamiques d’inclusion dans l’espace urbain à Montréal (« Montréal Ville Interculturelle », CRSH 2012-2020). Il est coordonnateur du Réseau des municipalités en immigration et relations interculturelles du Québec (RÉMIRI) et membre du réseau de recherche inter-universitaire sur la migration G3 (Université de Montréal, Université de Genève, Université Libre de Bruxelles).  Bob White a été professeur invité à l’École des hautes études en sciences (EHESS) à Paris, à L’Université de Cheikh Anta Diop (UCAD) à Dakar et à L’Institut Max Planck à Göttingen. Il a publié nombreux textes sur la musique populaire, la mondialisation, les politiques culturelles, les méthodes collaboratives, le pluralisme, les politiques publiques et la communication interculturelle. En 2014 il a publié L’interculturel au Québec : rencontres historiques et enjeux politiques(Presses de l’Université de Montréal) avec Lomomba Emongo. Son dernier livre, publié en 2018, s’intitule Intercultural Cities : Policy and Practice for a New Era (London : Palgrave McMillan). Il travaille actuellement sur une théorie générale de la communication interculturelle à partir de la pensée anthropologique.

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Publié

2025-12-17

Comment citer

White, Bob W. 2025. « Écouter l’esthétique De La Culture Populaire ». Musiques: Recherches Interdisciplinaires 2 (2). https://doi.org/10.62410/c1gmfm59.

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